Cyber-harcèlement

Cyber-harcèlement :

Par FRANCK MENEY, publié le mardi 15 novembre 2016 12:18 - Mis à jour le jeudi 1 juin 2017 11:33

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Avec l’utilisation permanente des nouvelles technologies de communication (téléphones, réseaux sociaux numériques), le harcèlement entre élèves se poursuit en dehors de l’enceinte des établissements scolaires. On parle alors de cyber-harcèlement.

Le cyber-harcèlement doit être intégré dans la politique de prévention et de lutte contre le harcèlement à l’École car il n’en est souvent qu’une des modalités. Pour lutter contre le cyber-harcèlement, le ministère de l’éducation nationale a signé une convention avec l’association e-Enfance et a élaboré un guide pour prévenir et traiter le cyber-harcèlement.

 

En cas de cyber-harcèlement, vous pouvez contacter le n° net Ecoute 0800 200 000, géré par l’association E-Enfance. Au-delà de l’écoute et du conseil, Net Ecoute peut vous aider au retrait d’images ou de propos blessants, voire de comptes le cas échéant.

 

Netecoute - Partenaire - RVB

 

Identifier le cyber-harcèlement

Le cyber-harcèlement est défini comme « un acte agressif, intentionnel perpétré par un individu ou un groupe d’individus au moyen de formes de communication électroniques, de façon répétée à l’encontre d’une victime qui ne peut facilement se défendre seule* ».

Le cyber-harcèlement se pratique via les téléphones portables, messageries instantanées, forums, chats, jeux en ligne, courriers électroniques, réseaux sociaux, site de partage de photographies etc.

 

Il peut prendre plusieurs formes telles que :

  • les intimidations, insultes, moqueries ou menaces en ligne
  • la propagation de rumeurs
  • le piratage de comptes et l’usurpation d’identité digitale
  • la création d’un sujet de discussion, d’un groupe ou d’une page sur un réseau social à l’encontre d’un camarade de classe
  • la publication d’une photo ou d’une vidéo de la victime en mauvaise posture
  • le sexting (c’est la contraction de « sex » et « texting ». On peut le définir comme « Des images produites par les jeunes (17 ans et moins) qui représentant d’autres jeunes et qui pourraient être utilisées dans le cadre de la pornographie infantile** »

 

Cyber-harcèlement : les conséquences

Le cyber-harcèlement est avant tout du harcèlement. Les conséquences pour la victime et l’impact sur le climat scolaire sont aussi importants que dans une situation de harcèlement « classique ».

a) Des modalités différentes

Le cyber-harcèlement se distingue du harcèlement physique à plusieurs niveaux :

  • La diffusion massive et instantanée des messages peut toucher un très large public,il est très difficile d’en reprendre le contrôle
  • Avec le cyber-harcèlement, le harcèlement subi à l’école se prolonge au domicile, sans répit pour l’enfant. Plus aucun espace de sa vie n’est protégé.
  • Le harceleur peut rester anonyme en agissant via un pseudo, et ne jamais se dévoiler, ce qui peut augmenter l’angoisse de la victime.

Les contenus diffusés peuvent demeurer en ligne, même si le harcèlement cesse.

b) Des conséquences graves

La cyberviolence et le cyber-harcèlement ont des conséquences graves sur le bien-être et la santé mentale des victimes mais aussi des agresseurs et des témoins. Il existe un consensus général selon lequel ces conséquences seraient plus importantes que celles du harcèlement traditionnel en raison des caractéristiques particulières de ce type de violence (anonymat, pouvoir de dissémination et public élargi etc.). Il existe des différences selon le type de cyberviolence et les jeunes sont plus affectés par des abus au moyen du téléphone portable ou par la diffusion indésirée de photographies/vidéo clips de la victime que par des courriels désagréables ou des agressions dans des réseaux sociaux. Contrairement à la violence ordinaire, face à l’écran, les victimes sont très souvent seules et ne peuvent pas être aidées par leurs camarades.

c) Des violences cumulées

Les élèves victimes de cyber-harcèlement sont souvent également victimes de harcèlement au sein de l’École. Pour les agresseurs, internet offre une cour de récréation virtuelle dans laquelle ils peuvent poursuivre leurs actions.Avec le cyber-harcèlement, le harcèlement subi à l’école se prolonge donc au domicile, et sans répit. Aucun espace de vie n’est protégé.

Exposée 24 h/24 et 7 j/7, la victime connaît un état d’insécurité permanent, et se sent encore plus isolée et fragilisée. En France, 40% des élèves disent avoir été victimes d’une agression ou méchanceté en ligne. Le moyen le plus fréquemment cité reste le texto pour un élève sur cinq (20,3%), suivi d’appels téléphoniques méchants, humiliants, désagréables (13,9%), de l’usurpation d’identité (12,1%), de l’exclusion d’un groupe social en ligne (11,6%), de problèmes sur un chat/MSN.

On constate donc que ce sont les téléphones portables qui sont le moyen privilégié de l’agression. En ce qui concerne les réseaux sociaux, 4.8% des élèves interrogés disent être victimes (Blaya, 2013). Le Happy Slapping reste minoritaire comme l’indiquent les chiffres de l’enquête nationale de victimation au sein des collèges publics et les travaux de C. Blaya***.

 

La responsabilité des adultes

Tous les adultes doivent agir ensemble pour prévenir et combattre le cyber-harcèlement. Ils ont responsabilité en termes de prévention mais aussi d’aide en cas de difficulté.

L’âge de début d’accès à internet se situe aux alentours de 9 ans et ne cesse de diminuer. Rapidement, l’enfant va être équipé avec un outil numérique personnel : ordinateur, téléphone portable ou/et tablette. A partir de ce moment, tous les adultes présents dans la vie de l’enfant peuvent l’accompagner dans son utilisation numérique. Le cyber-harcèlement étant le risque le plus important auquel un enfant est exposé sur Internet, il est le devoir de tous de prévenir et combattre l’intimidation en ligne. Les premiers adultes à prodiguer aide et conseils en matière de sécurité sur Internet sont les parents (60%) puis les enseignants (43%) et enfin les pairs (26%). L’âge des premiers pas sur Internet est de plus en plus bas (9 ans en moyenne).

a) La responsabilité du personnel éducatif
L’éducation nationale a un rôle fondamental à jouer dans la transmission des valeurs liées à un usage responsable d’internet, et s’engage donc à informer les élèves sur :

  • l’importance de parler des problèmes rencontrés avec les adultes de l’établissement et de venir en aide aux victimes
  • les risques liés à l’utilisation des nouveaux médias la protection de leurs données personnelles et de leur vie privée
  • le respect de la vie privée et du droit à l’image de leurs camarades

Le personnel éducatif favorise un usage sûr et éthique d’Internet et des téléphones et développe une culture d’entraide et de non tolérance à quelque forme de violence que ce soit.

b) La responsabilité des parents

Les parents ont tendance, à considérer les technologies numériques comme le domaine réservé de leurs enfants qui auraient davantage d’habilités et de compétences. C’est souvent le cas pour la maitrise technique de l’outil, en revanche ils ont une réelle méconnaissance des règles de fonctionnement ou des risques encourus. Les jeunes oublient souvent sur Internet les règles de bon sens, les principes de précaution ou de respect de soi et des autres.

 

Réagir pour lutter contre un problème de cyber-harcèlement avéré

Comme pour le harcèlement, briser le silence est le 1er pas vers la résolution du problème.

  • Être attentif aux changements de comportement des élèves : le cyber-harcèlement se pratique à l’abri du regard des adultes, mais certains signes peuvent vous aider à repérer le cyber-harcèlement.

Chez la victime : Anxiété, crainte , faible estime de soi, commentaires négatifs, plaintes récurrentes, baisse d’intérêt pour les activités, troubles du sommeil, fatigue, retards / oubli de matériel, baisse des résultats scolaires, absences, menaces (se faire du mal ou faire mal aux autres), isolement du groupe /repli sur soi.

Chez les auteurs et participants : attitude agressive / provocante et vision positive de ce type de comportement, faible empathie, cercle d’amis agressifs ou qui participent au harcèlement, ne reconnaît pas l’impact de ses actes, utilisation de nombreux comptes en ligne.

Bien que le cyber-harcèlement ne soit pas une infraction réprimée en tant que telle par la loi française, l’auteur d’actes accomplis à cette fin est susceptible de voir sa responsabilité engagée sur le fondement du Droit civil, du Droit de la presse ou du Code pénal.


Par exemple :

  • Une injure ou une diffamation publique peut être punie d’une amende de 12.000€ (art. 32 de la Loi du 29 juillet 1881).
  • Pour le droit à l’image, la peine maximum encourue est d’un an de prison et de 45.000 € d’amende (art. 226-1, 226-2 du Code pénal).
  • L’usurpation d’identité peut être punie d’un an d’emprisonnement et de 15.000€ d’amende (art. 226-4-1 du Code pénal).
  • La diffusion de contenu à caractère pornographique d’un mineur est passible de 5 ans d’emprisonnement et de 75.000€ d’amende.

 

E-ENFANCE

Le ministère de l’Éducation nationale a mis en place un partenariat avec l’Association e-Enfance. Cette association, reconnue d’utilité publique et agréée par la ministère pour ses interventions pédagogiques après des élèves dans les établissements scolaires, a notamment pour mission l’éducation des enfants et des adolescents à une bonne pratique d’internet. À travers le numéro vert national Net Ecoute (0800 200 000) qu’elle opère avec le soutien de la Commission européenne et du ministère ses experts proposent des moyens techniques juridiques et psychologiques adaptés à la victime de cyber-harcèlement, à sa famille et au personnel éducatif. Les partenariats noués entre l’Association e-Enfance et les différents réseaux sociaux permettent de faire cesser les manifestations en ligne du harcèlement.

*Source : Smith, P.K., Mahdavi, J., Carvalho, M., Fisher, S., Russel, S., & Tippett, N. (2008).Cyberbullying: Its nature and impact in secondary school pupils. Journal of Child, Psychology and Psychiatry, 49,p 376

**Source : Finkelhor, 2011

***Source : Les ados dans le cyberespace, prises de risque et cyberviolence. C. Blaya, 2013. De Boeck.

 

 

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